Le passage obligé : la lecture de Twilight

Published on by Marthe

C'est lors de conversations au CDI avec des élèves que l'acceptation a eu lieu. Elles me disaient à quel point elles adoraient Twilight et qu'elles pourraient relire ces quatre énormes tomes des milliers de fois qu'elles ne s'en lasseraient pas (là, j'embellis un peu parce que c'était plutôt un truc du genre : « Ouais madame, Touiligte c'est vraiment trop bien ! J'kiffe trop Edward, en plus il est trop beau t'as vu ! »). Et je me suis vu leur dire que je n'avais pas lu les livres mais que ça ne me donnait pas trop envie étant donné la qualité des films. J'ai vu un voile sombre passer devant leurs yeux comme une déception discrète : on ne se comprenait plus. Alors il a bien fallu que je m'y colle. Lire Twilight pour pouvoir me lancer dans des conversations sensées avec mes élèves sur la qualité d'un livre, c'était ma nouvelle mission.

Quand j'ai ouvert le premier tome, je partais donc avec deux a priori. Premier a priori : C'est une histoire de vampire et Stephenie Meyer est mormone. (Parce que les histoires de vampire en elles-mêmes, je n'ai rien contre, je suis d'ailleurs la première à beaucoup aimé Buffy contre les vampires, mais le cocktail vampirisme/métaphore de le sexualité et puritanisme mormon, franchement, ça n'augurait rien de bon...) Deuxième a priori : les deux films que j'avais vu étaient plus que mauvais. (Cette scène ridicule où Edward saute d'arbre en arbre comme un joli chimpazé avec Bella accrochée à son dos, je ne m'en suis toujours pas remise.)

Alors pour être honnête, je m'attendais au pire. Et je peux vous le dire, j'ai pas été déçue. Une fois le premier tome terminé, je n'ai même pas eu le courage de continuer. Je ne parlerai donc ici que de Fascination.

Un petit point positif pour commencer

S'il y a un point positif à relever ce sera celui là : c'est vrai que ça se lit bien. L'écriture est plutôt fluide et on ne s'ennuie pas vraiment, et encore au bout de la 500e description d'Edward précisant à quel point il est magnifiquement beau et extraordinairement sublime, j'ai en eu un peu ma claque. Non seulement Stephenie Meyer ne fait preuve d'aucune originalité du point de vue de l'écriture mais en plus, elle se répète. Mais je peux comprendre comment nos élèves peuvent s'avaler tous ces kilomètres de pages sans en avoir assez.

Une petite dose de stéréotype et de misogynie ? La vision de la sexualité par Stephenie Meyer.

Je suppose que Bella est censée représenter "Mademoiselle tout le monde" et qu'en tant que lectrice je suis censée m'identifier immédiatement. Mais alors là, j'ai les boules parce que plus cruche que Bella, tu meurs. Première qualité : elle est adroite comme ses pieds, elle casse tout ce qu'elle attrape et elle trébuche sur n'importe quoi. Ceux qui m'amène à sa deuxième grande qualité : elle a toujours besoin d'un homme pour s'occuper d'elle et la sauver de terribles dangers. Franchement, ce n'est pas vraiment ça que je rêvais d'être quand j'étais adolescente.

Edward est l'HOMME. L'homme, le vrai, le viril, le romantique, un peu old school, un corps de 17 ans avec la sagesse de 103 ans, plus beaux que tous les beaux des beaux (on ne le dira jamais assez) et avec le petit plus qui fait frémir les adolescentes : il est dangereux. Et cerise sur le gâteau : il tombe éperdument amoureux d'une plouc (en l'occurence nous, toutes les Bella-godiches que nous sommes).

Tout ça nous pousse, nous, les femmes, des cruches maladroites à attendre que l'homme parfait débarque dans nos vies et chamboule nos petits cœurs. Et si nos élèves attendent qu'un Edward frappent à leur porte, et ben elles peuvent s'accrocher. Parce ce que les hommes, les vrais, il en existe des tout à fait décents, qui ne sont ni des salauds, ni des princes charmants et qui n'ont pas de pulsions animales à réprimer. Et ça, on ne le dit pas assez souvent.

Je trouve globalement que l'ambiance y est glauque. Je veux bien admettre que les films m'ont surement influencée sur ce point (dans lesquels à mon sens la photo donne un côté à la fois très lisse et en même temps très sale, ce qui est un tour de force quand j'y pense) C'est aussi parce que je trouve la vision de la sexualité, de l'amour, des relations hommes/femmes vraiment malsaine. Et quand j'apprends ce que les trois autres tomes réservent, j'ai peur...

Qu'on évoque l'éveil à la sexualité à travers le vampirisme, pourquoi pas, je l'ai déjà dit, je n'ai rien contre mais sous couvert de nous donner à voir une relation a priori interdite et sulfureuse, on nous assène discrètement des principes puritains : le désir et le sexe sont dangereux, pas de sexe avant le mariage, le sexe mène d'abord à la procréation... Bref, merci Stephenie pour ta merveilleuse vision de la sexualité !

Au final, cette lecture m'aura au moins convaincue d'une chose c'est d'essayer de trouver des romans de bit-lit de meilleure qualité histoire d'éviter le massacre !

Meyer, Stephenie. Saga Twilight. Tome 1 : Fascination. Hachette, Black Moon, 2005. 978-2012010673

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